Casier Judiciaire : Consultation, Bulletins et Effacement
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Casier Judiciaire : Consultation, Bulletins et Effacement

9 min de lecture

Le casier judiciaire : un registre aux conséquences considérables

Le casier judiciaire est le relevé national des condamnations pénales prononcées par les juridictions françaises à l’encontre d’une personne physique ou morale. Géré par le service du Casier judiciaire national situé à Nantes, il constitue la mémoire pénale officielle de chaque individu.

Les inscriptions au casier judiciaire peuvent avoir des conséquences majeures sur la vie quotidienne : accès à certains emplois, obtention d’agréments professionnels, adoption, nationalité française. Comprendre le fonctionnement du casier, ses différents bulletins et les possibilités d’effacement est essentiel pour quiconque a été confronté au système pénal.

Point rassurant : une condamnation inscrite au casier judiciaire n’y reste pas nécessairement à vie. Le droit français prévoit des mécanismes d’effacement automatique et de réhabilitation qui permettent, à terme, de retrouver un casier vierge.

Les trois bulletins du casier judiciaire

Le casier judiciaire est divisé en trois bulletins, chacun contenant des informations différentes et accessible par des personnes différentes.

Le bulletin n°1 (B1) : le plus complet

Le B1 contient l’intégralité des condamnations et décisions inscrites au casier judiciaire :

  • Condamnations pénales (crimes, délits, contraventions de 5e classe)
  • Décisions disciplinaires de certaines autorités
  • Jugements de faillite personnelle ou d’interdiction de gérer
  • Décisions en matière de nationalité
  • Compositions pénales
  • Déclarations de culpabilité assorties d’une dispense de peine

Qui peut le consulter : uniquement les autorités judiciaires (magistrats, greffiers). Il n’est jamais communiqué à l’intéressé ni à un employeur.

Le bulletin n°2 (B2) : pour les administrations

Le B2 est une version filtrée du casier. Il contient la plupart des condamnations mais exclut certaines décisions :

  • Les condamnations prononcées à l’encontre des mineurs
  • Les condamnations avec sursis lorsque le délai d’épreuve est expiré sans révocation
  • Les contraventions
  • Les condamnations dont la mention au B2 a été expressément exclue par le tribunal
  • Les condamnations amnistiées

Qui peut le consulter : les administrations publiques et certains organismes habilités, principalement pour :

DemandeurMotif
Administrations d’ÉtatRecrutement de fonctionnaires
PréfecturesDélivrance d’agréments (sécurité privée, taxi, armes)
Autorités compétentesAutorisation d’exercer certaines professions (avocat, expert-comptable)
Services de l’adoptionProcédure d’agrément pour l’adoption
Autorités militairesEngagement dans l’armée

Le bulletin n°3 (B3) : celui que vous pouvez demander

Le B3 est le bulletin le plus restreint. Il ne contient que les condamnations les plus graves :

  • Condamnations pour crime ou délit à une peine d’emprisonnement de plus de deux ans sans sursis
  • Condamnations à une peine d’emprisonnement de plus de deux ans avec sursis, si le sursis a été révoqué
  • Certaines interdictions, déchéances et incapacités prononcées à titre de peine complémentaire
  • Les mesures de suivi socio-judiciaire et les obligations d’inscription au FIJAIS (fichier des auteurs d’infractions sexuelles)

Qui peut le consulter : la personne concernée elle-même (ou son représentant légal pour un mineur). C’est ce bulletin que les employeurs demandent le plus souvent.

Ce que le B3 ne contient pas :

  • Les condamnations à de courtes peines d’emprisonnement (deux ans ou moins avec sursis)
  • Les amendes
  • Les contraventions
  • Les condamnations avec dispense de peine
  • Les condamnations dont la mention au B3 a été expressément exclue par le tribunal

Comment demander votre bulletin n°3

La demande en ligne (la plus rapide)

Le B3 peut être demandé gratuitement sur le site officiel du casier judiciaire national : cjn.justice.gouv.fr.

Conditions :

  • Être majeur et de nationalité française ou né en France
  • Disposer d’une adresse courriel valide

Le bulletin est envoyé par courriel sécurisé en quelques jours (généralement sous 48 heures à une semaine).

La demande par courrier

Vous pouvez également adresser votre demande par courrier au :

Casier judiciaire national 44317 Nantes Cedex 3

La demande doit contenir :

  • Vos nom, prénoms, date et lieu de naissance
  • Une copie de votre pièce d’identité
  • L’adresse à laquelle le bulletin doit être envoyé

Délai : environ deux à trois semaines par courrier.

Pour les personnes nées à l’étranger

Si vous êtes né à l’étranger et de nationalité étrangère, la demande se fait auprès du tribunal judiciaire de Paris (service du casier judiciaire).

L’effacement automatique des condamnations

Les condamnations inscrites au casier judiciaire ne sont pas éternelles. Le Code de procédure pénale prévoit des délais d’effacement automatique qui varient selon la nature de la condamnation et le bulletin concerné.

Effacement du bulletin n°1

Le B1 étant le plus complet, l’effacement est le plus long :

Type de condamnationDélai d’effacement du B1
Contravention3 ans après la condamnation
Amende (délit)3 ans après le paiement
Emprisonnement avec sursis simple (non révoqué)5 ans après l’expiration du délai d’épreuve
Emprisonnement avec sursis probatoire (non révoqué)5 ans après la fin de la probation
Emprisonnement ferme (10 ans ou moins)40 ans après la condamnation
Emprisonnement ferme (supérieur à 10 ans)40 ans après la condamnation
Réclusion criminelle à perpétuitéJamais (sauf réhabilitation)

Effacement du bulletin n°2

Le B2 se vide plus rapidement car il exclut déjà certaines condamnations :

  • Les condamnations avec sursis sont retirées du B2 dès l’expiration du délai d’épreuve sans révocation
  • Les amnisties entraînent l’effacement immédiat
  • La réhabilitation (légale ou judiciaire) efface la mention

Effacement du bulletin n°3

Le B3 s’efface le plus rapidement :

  • Les peines d’emprisonnement avec sursis n’y figurent généralement pas
  • Les peines fermes de deux ans ou moins n’y figurent pas
  • L’effacement suit les mêmes règles que le B1, mais le B3 contient beaucoup moins de condamnations

La réhabilitation : retrouver un casier vierge

La réhabilitation efface la condamnation de tous les bulletins du casier judiciaire. Elle existe sous deux formes.

La réhabilitation légale (automatique)

La réhabilitation légale intervient de plein droit après un certain délai sans nouvelle condamnation :

Peine prononcéeDélai de réhabilitation légale
Amende ou jours-amende3 ans
Emprisonnement de 1 an ou moins5 ans
Emprisonnement de 1 à 5 ans10 ans
Emprisonnement de 5 à 10 ans15 ans
Emprisonnement supérieur à 10 ans20 ans

Conditions : le délai court à compter de l’exécution de la peine (ou de sa prescription). Pendant toute la durée du délai, la personne ne doit avoir subi aucune nouvelle condamnation à une peine criminelle ou correctionnelle.

La réhabilitation judiciaire (sur demande)

La réhabilitation judiciaire est prononcée par la chambre de l’instruction de la cour d’appel, sur requête de la personne condamnée. Elle permet d’obtenir l’effacement avant le délai de réhabilitation légale.

Conditions :

  • Avoir exécuté la peine (ou que celle-ci soit prescrite)
  • Justifier d’une bonne conduite depuis la condamnation
  • Avoir indemnisé les victimes (ou justifier de l’impossibilité de le faire)
  • Respecter un délai minimum après l’exécution de la peine :
    • 1 an pour une amende
    • 3 ans pour un emprisonnement de 1 an ou moins
    • 5 ans pour un emprisonnement supérieur à 1 an

Procédure :

  1. Déposer une requête au procureur de la République du domicile
  2. Le procureur transmet à la chambre de l’instruction après enquête
  3. La chambre de l’instruction statue après audience

La dispense de mention au casier

Au moment du prononcé de la condamnation, le tribunal peut décider de ne pas inscrire la condamnation sur le B2 ou le B3. Cette dispense est un argument que votre avocat peut plaider à l’audience.

Si la dispense n’a pas été accordée lors du jugement, il est possible de la demander ultérieurement par requête auprès du tribunal qui a prononcé la condamnation.

Les conséquences pratiques d’un casier non vierge

Sur l’emploi

De nombreux employeurs demandent la production du B3 lors du recrutement. Si votre B3 contient des mentions, cela peut constituer un obstacle pour :

  • Les emplois dans la fonction publique
  • Les emplois dans la sécurité privée
  • Les postes en contact avec des mineurs (éducation, animation, santé)
  • Les professions réglementées (avocat, notaire, expert-comptable, architecte)
  • Les emplois nécessitant une habilitation (défense, nucléaire)

Nuance importante : un employeur privé n’a aucune obligation légale de demander le B3 (sauf pour certains postes réglementés). Et même si le B3 contient une mention, cela ne constitue pas automatiquement un motif légitime de refus d’embauche, sauf si la condamnation est en lien direct avec le poste.

Sur la vie civile

Un casier judiciaire peut impacter :

  • L’obtention de la nationalité française
  • L’agrément pour l’adoption
  • Le port d’armes et les licences de chasse
  • L’exercice de fonctions électives
  • Certaines autorisations administratives (licence de taxi, débit de boissons)

Conclusion : le casier n’est pas une condamnation à vie

Le casier judiciaire est un outil de mémoire pénale, mais il n’est pas immuable. Le droit français prévoit des mécanismes progressifs d’effacement qui permettent à toute personne condamnée de tourner la page, à condition de ne pas récidiver.

Si votre casier vous préoccupe :

  1. Demandez votre B3 en ligne pour connaître son contenu exact
  2. Vérifiez si les délais d’effacement automatique sont atteints
  3. Si nécessaire, engagez une procédure de réhabilitation judiciaire ou de dispense de mention
  4. Faites-vous accompagner par un avocat pénaliste pour maximiser vos chances

La réinsertion est un principe fondamental du droit pénal français. Les mécanismes d’effacement du casier en sont la traduction concrète.

Non, votre employeur actuel ne peut pas consulter votre casier judiciaire de sa propre initiative. Seules les autorités judiciaires ont accès au B1, et les administrations publiques au B2 (dans le cadre de procédures spécifiques). Le B3 ne peut être demandé que par vous-même. Un employeur privé peut vous demander de fournir votre B3 lors de l’embauche, mais il ne peut pas l’obtenir sans votre consentement. Mentir sur le contenu de son casier n’est pas conseillé, car cela pourrait constituer un motif de licenciement pour faute.
Les condamnations prononcées par des juridictions de l’Union européenne peuvent être inscrites au casier judiciaire français via le système ECRIS (European Criminal Records Information System). Les condamnations prononcées hors UE ne figurent généralement pas au casier français, sauf si elles ont fait l’objet d’une procédure de reconnaissance par les autorités françaises. Lors d’une demande de B3, les éventuelles condamnations européennes enregistrées apparaissent.
Oui, la réhabilitation légale est automatique pour toutes les condamnations (sauf la réclusion criminelle à perpétuité), à condition de respecter le délai légal sans nouvelle condamnation. Cependant, les délais varient considérablement selon la gravité de la peine : 3 ans pour une amende, jusqu’à 20 ans pour les peines les plus lourdes. Si vous ne souhaitez pas attendre le délai de réhabilitation légale, la réhabilitation judiciaire permet d’accélérer le processus, sous réserve de remplir les conditions de bonne conduite et d’indemnisation des victimes.
Oui, les condamnations des mineurs sont inscrites au casier judiciaire. Cependant, elles bénéficient d’un régime plus protecteur : elles ne figurent jamais sur le B2 ni sur le B3, et sont effacées du B1 lorsque le mineur atteint l’âge de 21 ans (pour les mesures éducatives) ou après les délais de réhabilitation légale. De plus, le juge des enfants peut ordonner l’effacement anticipé des condamnations du B1 si la réinsertion du mineur le justifie.

Cet article a été rédigé par Sophie Marchand, docteure en droit privé (Université Paris-Panthéon-Assas), ancienne chargée d’enseignement en droit civil, et forte de 10 ans d’expérience en cabinet généraliste. Ces informations sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil juridique personnalisé. Pour une analyse adaptée à votre situation, consultez un avocat spécialisé en droit pénal.

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Sophie Marchand

Écrit par

Sophie Marchand

Docteure en droit privé (Université Paris-Panthéon-Assas) et ancienne chargée d'enseignement en droit civil. Après 10 ans en cabinet généraliste, je me consacre à la vulgarisation juridique : droit de la famille, du travail, immobilier, consommation et pénal, pour rendre le droit français accessible à tous les citoyens.

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